photo Alain Ménez
(ou :
Le pacifisme par la boisson)
Demoiselle
Arachné, un jour de canicule,
Courut
frapper à l'huis du Grillon son voisin :
-Par
Jupiter, Monsieur, vous tairez-vous enfin ?
Je ne puis fermer l'œil !
-Madame, je stridule !
Des
fils que vous tendez à toute heure, en tous lieux,
Dans
lesquels à loisir s'entortillent mes pattes,
De
vos pièges où vous jouez les acrobates,
Je
ne dis jamais mot, ni n'invoque les dieux !
Ne
vous fâchez donc pas ! Voyez, nous sommes quittes.
Si
je vous invitais demain soir à souper,
Peut-être
pourrions-nous calmement en parler ?
L'araignée
accepta ; s'en vint à l'heure dite.
Le
Grillon, pour tout plat, étant végétarien,
Avait
coupé menu sur un beau lit de mousse
Les
plus tendres bourgeons de succulentes pousses.
Lui,
s'en délecta fort. L'autre ne mangea rien.
-Toutes
ces crudités, le diable les emporte !
Se
disait l'arthropode en son for intérieur.
J'aurais
dû apporter, c'eût été bien meilleur,
Quelques
mouches farcies au larves de cloportes !
-Mais
vous ne goûtez pas ? s'inquiéta le Grillon.
-Je
dévore des yeux, chez nous, c'est la coutume.
-Si
vous ne mangez pas, vous buvez, je présume ?
-Juste
un doigt de rosée, avec modération,
Car
ce divin nectar me fait tourner la tête !
Verre
après verre on but, et plus que de raison !
On
rit, et l'on dansa, on chanta des chansons.
Jusqu'à
l'aube, dit-on, se prolongea la fête.
Les
voilà bons amis. Dès lors, la vie est belle.
Alors
que tout semblait pourtant les opposer,
Il
a suffi d'un rien pour les réconcilier.
Le
partage a souvent raison de la querelle.
AG
Je vous invite à lire, inspirés par la même image,
à la date de parution, le texte d’Alain Ménez
sur le blog :
et celui d’Océanique sur le blog :