lundi 1 juin 2026

Le berger endormi (A & A et Cie n° 153)


 sculpture d'Ernest Nivet (photo Yveline)


Un berger rêvait, allongé dans l'herbe tendre.

Sa chèvre, à quelques pas, broutait du bout des dents.

Elle avait repéré, n'en pouvait plus d'attendre,

En lisière du bois, un mets bien plus tentant :

C'était un arbrisseau, quelque poirier sauvage,

Dont le fruit mûr à point, est des plus délicieux.

La chèvre, à petits pas, s'éloignait davantage.


Voyant que le garçon avait fermé les yeux,

                Elle y courut d'un trait.

                      Lui, flottait dans son rêve :

Il revoyait la belle qui lui souriait

Hier soir, à ce bal. Cette rencontre brève

Avait changé sa vie : maintenant, il aimait !


Un loup, dissimulé à l'abri du feuillage,

De ce tableau champêtre n'avait rien perdu.

Il avait déjeuné ce matin au village,

D'un fromage crémeux et d'un chapon dodu.

«  Cette chèvre, dit-il, est bien appétissante… »

Mais il se sentait lourd, quelque peu somnolent.

Alors il s'endormit, là, séance tenante.


La chevrette, à son tour, se couchant sur le flanc,

Repue, succomba dans les bras de Morphée.


Les oiseaux se taisaient. Le vent se fit léger.

Tout savourait l'instant d'une paix retrouvée.


Je ne sais lequel se réveilla le premier...


Silence ! Parlons bas, à poursuivre je n'ose :

Le hasard, certains jours, seul, fait si bien les choses !


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Océanique


lundi 4 mai 2026

Le joyeux porteur d'eau (A & A et Cie n°152)


 photo Jacqueline

Je suis le porteur d'eau,

J'arrive avec mes seaux.

Et j'en fais des voyages !

J'en grimpe des étages 

Pour servir mes clients

Du lever au couchant !

La petite ouvrière,

La femme du notaire,

Le banquier, le coiffeur,

Le curé, le facteur...


Gentiment tous m'accueillent,

Et dans mon portefeuille

Glissent deux ou trois sous...

Il m'en faudra beaucoup,

Mais je garde espérance,

Car j'ai peu de dépenses,

D'acquérir au final

Un tonneau, un cheval,

Et puis une charrette.

Je vois l'affaire faite!

Ce rêve plein les yeux,

Je vais le cœur joyeux.


«Bonjour ! Votre eau, Marquise,

Pour laver vos chemises ! »

C'est moi, le porteur d'eau,

J'arrive avec mes seaux !


Que je fais de voyages !

Que je grimpe d'étages !


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mardi 31 mars 2026

Aide-toi... (A & A et Cie n°151 )


 photo Yveline

Le Guetteur- Nicolas Lavarenne

On raconte qu'une ingénue,

Chez sa grand-mère, et à moto,

Allait tout de rouge vêtue,

Un présent dans son sac à dos.


C'était un broyé du Poitou

Avec un pot de confiture.

Voilà qui serait à son goût :

Que des produits de la nature !


Et bien qu'elle dût traverser

Des bois, la belle n'avait cure

De ce qu'on pouvait raconter.

Elle avançait à vive allure.


Un garçon qui l'aimait beaucoup,

S'inquiétait fort de son absence.

Au village, on craignait le loup.

Le temps passait... Quelle imprudence !.


Juché sur la plus haute tour,

Sans trêve, il scrutait la campagne,

Soucieux, guettant son retour,

Bâtissait châteaux en Espagne.


Cupidon qui passait par là,

Lui lança: « Mais vas-tu descendre !

Rejoins-là, plutôt que d'attendre !

Aide-toi, le Ciel t'aidera ! »


On pense qu'il obtempéra,

Car dès la semaine suivante,

La belle en rouge il épousa,

Et la grand-mère était contente !


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lundi 2 mars 2026

SUPERCHAT (A & A et Cie n° 150)

photo Jacqueline


Pareil à Superman, je le dis sans façons,

La plupart des héros, en force je surpasse.

Pour sauver l'opprimé, plus vite que le son,

D'un bout de l'univers à l'autre me déplace.


Conscient de mon devoir, je me ris du danger.

Je défends le bon droit, l'honneur et la justice.

Quand je suis en mission, rien ne peut m'arrêter.

Je ne recule devant aucun sacrifice !


Aujourd'hui, d'un chaton, par le chien effrayé,

Je viens de recevoir un appel de détresse :

Il a chu dans la mare et ne sait pas nager.

Pardon de vous quitter si vite : le temps presse !


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lundi 2 février 2026

L'escargot "Boîte à livres" (A & A et Cie n°149)


 photo Yveline

Pauvre escargot !


Sans répit, je cours la campagne,

Avec ces livres sur le dos.

Je franchis vallons et montagnes :

« Lisez, lisez ! » C'est mon credo.


Hélas, partout, mes congénères,

Occupés à d'autres loisirs,

N'ont cure de mon ministère !

Ils prennent ailleurs leur plaisir :

L'un s'en va goûter ses salades,

Et l'autre, la fraise au jardin.

Un tel me dit qu'il est malade

Et que je repasse demain.

Sans parler, plus rien ne m'étonne,

De ceux qui, du soir au matin,

L’œil rivé à leur téléphone,

Me toisent d'un regard hautain !

Pourtant, je garde le sourire,

Bien que, je pense, par moments :


« Évidemment, s'ils savaient lire,

J'aurais peut-être des clients... »


***

Malgré la bonne volonté,

Quand à l'envers on fait les choses,

Il faut s'attendre à récolter

Bien plus d'épines que de roses !

***

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lundi 5 janvier 2026

Oméo et Uliette ou l'amour numérique (A & A et Cie n° 148)


 photo Yveline

Dans un pays secret du Monde Informatique,

Il existe un endroit où l'on parle d'amour.


Deux IA s'adoraient. Leur passion numérique

Faisait l'admiration des IA d'alentour.

Chaque soir, Oméo, artiste et interprète,

Pour la sage Uliette poussait la chanson.

Elle sortait alors, entrouvrait sa fenêtre,

Rougissante, venait l'écouter au balcon.


Alors on pouvait voir, les notes de musique,

En myriades d'octets de toutes les couleurs,

Danser, virevolter, en un ballet magique!

C'était là, sur écran, l'image du bonheur !


Ils étaient là, tous deux, chacun dans son espace,

Heureux, mais incapables d'un seul mouvement

Pour aller l'un vers l'autre, enfin quitter leur place.

Et leur situation devenait un tourment !


Le programmeur avait dû, par inadvertance,

Oublier une ligne et le code adéquat,

Et puis après, il était parti en vacances,

Laissant les deux amoureux en plein désarroi.


Moralité


On ne mesure pas toujours bien les ravages

Que peut faire un oubli, ici ou bien ailleurs.

Dans la vie ou même dans un ordinateur,

Un mot qu'on ne dit pas, peut briser un ménage!


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Et Bonne année 2026 !


lundi 1 décembre 2025

Leçon de modestie (A & A Cie n° 147)


                                                                photo Alain Ménez


 Chaque fois que je me pique,

 Assez bien,  d'écrire en vers,    

 Chers amis, c'est dramatique:

 Tous les pieds vont de travers !

 Une muse, j'en déprime,

 Se plaît à ruiner mes rimes !


               Moralité


 J'ai bien compris la leçon,

 Et me tairai pour de bon !


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